Les fragments de la création

L’Art du Grand Est occupe une place de choix dans les fictions cinématographiques. Diversité des lieux, œuvres et traditions composent ce tableau.

D’Emile Friant à la culture punk, de la Villa Bergeret (Nancy) à la scène nationale Le Carreau (Forbach), les réalisateurs exposent dans leurs films une variété de productions artistiques et mobilisent des espaces culturels significatifs. Les fonctions qui leur sont associées s’étendent d’un simple décor à la caractérisation des protagonistes, jusqu’à la construction du récit filmique. Certaines séquences sont pensées autour de traditions régionales comme le schlittage propre au massif vosgien ou la faïencerie de Lunéville. Pour plus de réalisme, les réalisateurs choisissent des acteurs de la région pour leur accent local.

01 sur 07

C’est ça l’amour, Burger, 2017

Le Carreau, Forbach, Moselle Dans ce film autobiographique, la réalisatrice Claire Burger fait de l’art un fil rouge en miroir de Forbach comme de sa jeunesse : «  Mon père était un boulimique de culture, il n’a pas arrêté de me traîner, étant jeune, à des expos ou des concerts. C’était pénible, mais c’est sans […]

C’est ça l’amour, Burger, 2017


Le Carreau, Forbach, Moselle

Dans ce film autobiographique, la réalisatrice Claire Burger fait de l’art un fil rouge en miroir de Forbach comme de sa jeunesse : «  Mon père était un boulimique de culture, il n’a pas arrêté de me traîner, étant jeune, à des expos ou des concerts. C’était pénible, mais c’est sans doute grâce à lui si je suis cinéaste aujourd’hui  », admet-elle. «  À Forbach, il y a eu une tentative de remplacer l’activité, qui n’existait plus, par la culture, sans réussir forcément à toucher la population ouvrière. Mon message, c’est que la culture peut faire vivre les gens, les élever, les enrichir  ». La Semaine, mars 2019.

L’illustration montre Mario (Boulie Lanners) sur le parvis de la scène nationale Le Carreau à Forbach. La dénomination du théâtre fait référence au passé minier de la ville.

Dans C’est ça l’amour, de nombreuses scènes se déroulent au Carreau et en dévoilent toutes les facettes : coulisses, loges, régie, scène, salle, espace d’accueil et de réception. Outre le lieu culturel, la réalisatrice souhaite également montrer ce qui s’y joue dans tous les sens du terme : une pièce de théâtre de type Atlas, c’est-à-dire qui se crée avec la prise de parole des habitants de la ville, quelque chose qui peut parler à tous, qui permet au groupe (comme une troupe) de se constituer en créant du lien social.

«  Nous avons recréé un Atlas à Forbach, pour le film, en recrutant des gens de différentes couches sociales et de différentes communautés. […] La ville a subi la déflagration de la fermeture des mines, elle souffre de l’absence de vision pour le futur. Je ne voulais pas que la caméra s’attarde sur les paysages industriels, mais qu’elle filme les corps et les visages de ses habitants, qu’elle leur donne la parole. Ces voix personnelles et collectives entrent en résonance avec l’histoire de Mario et de ses filles. […] Sur scène, je voulais réunir symboliquement les différentes communautés de ma ville […], appeler à une réconciliation sociale, mais aussi à une réconciliation familiale. » Claire Burger, dossier de presse

 

Synopsis : L’histoire de Mario, un homme qui tient la maison depuis que sa femme est partie. Désormais, il doit élever seul ses deux filles, adolescentes en crise. Frida, 14 ans, lui reproche le départ de sa mère. Niki, 17 ans, rêve de quitter la maison. Mario, lui, attend toujours le retour de sa femme.

Lien vers la bande-annonce du film

02 sur 07

Il y a longtemps que je t’aime, Claudel, 2008

Cinéma Caméo, Nancy, Meurthe-et-Moselle En soirée, Juliette (Kristin Scott Thomas) et Michel (Laurent Grévill) vont au cinéma Caméo Saint-Sébastien de Nancy. L’illustration montre les deux personnages à la fin de la séance sur le trottoir les menant à la rue Saint-Jean. L’enseigne, la devanture et les affiches du cinéma sont illuminées. Cette scène de nuit […]

Il y a longtemps que je t’aime, Claudel, 2008


Cinéma Caméo, Nancy, Meurthe-et-Moselle

En soirée, Juliette (Kristin Scott Thomas) et Michel (Laurent Grévill) vont au cinéma Caméo Saint-Sébastien de Nancy. L’illustration montre les deux personnages à la fin de la séance sur le trottoir les menant à la rue Saint-Jean. L’enseigne, la devanture et les affiches du cinéma sont illuminées. Cette scène de nuit met en valeur ce lieu culturel et montre que Juliette reprend goût à la vie en s’octroyant une soirée de détente culturelle.

Ce lieu culturel d’Art et Essais de 4 salles en plein centre-ville de Nancy est un espace pour cinéphiles avec une programmation et une diffusion de films d’auteur en version originale sous-titrée. Aux côtés de films grand public, on peut y voir des réalisations cinématographiques plus confidentielles.

Synopsis : Pendant 15 années, Juliette n’a eu aucun lien avec sa famille qui l’avait rejetée. Elle retrouve sa jeune sœur Léa alors que la vie les a violemment séparées. Cette dernière l’accueille chez elle avec son mari Luc, son beau-père et leurs fillettes.

Lien vers la bande-annonce du film

03 sur 07

Bye Bye Blondie, Despentes, 2012

Le T.O.T.E.M., Maxéville, Meurthe-et-Moselle L’illustration représente l’intérieur de l’espace artistique du T.O.T.E.M. (Territoire Organisé Temporairement en Espace Merveilleux) à Maxéville. Artiste sculpteur, Gloria (Béatrice Dalle) « porte une énergie de vie, destroy » et « vit comme elle en a toujours eu envie et c’est une grande richesse intellectuelle, émoti­onnelle et spirituelle », dossier de presse. Dans le film, […]

Bye Bye Blondie, Despentes, 2012


Le T.O.T.E.M., Maxéville, Meurthe-et-Moselle

L’illustration représente l’intérieur de l’espace artistique du T.O.T.E.M. (Territoire Organisé Temporairement en Espace Merveilleux) à Maxéville. Artiste sculpteur, Gloria (Béatrice Dalle) « porte une énergie de vie, destroy » et « vit comme elle en a toujours eu envie et c’est une grande richesse intellectuelle, émoti­onnelle et spirituelle », dossier de presse.

Dans le film, nous voyons Gloria évoluer dans un large domaine ouvert, composé d’un bar, de canapés et de zones occupées par les artistes. Ici, ce n’est pas tant la ville de Nancy qui est en scène qu’un lieu particulier de celle-ci. La localisation de l’espace artistique n’est pas importante. En revanche, les spécificités du lieu sont choisies pour leur adéquation avec le personnage filmique et leur cohérence avec sa situation. Virginie Despentes ne donne pas les indices suffisants pour s’assurer la reconnaissance exacte du T.O.T.E.M., car ce qui compte n’est pas l’identification du lieu, mais bien que ses caractéristiques soient intelligibles. En effet, ce lieu Art factory dédié à la création est unique dans l’Est de la France. Le T.O.T.E.M. est une des dernières grandes « friches artistiques » du paysage hexagonal. Cet espace singulier, à la fois atelier et résidence d’artistes, réunit des territoires d’expérimentation et de liberté, des salles de spectacles et d’expositions, un bar et un club.

« Le T.O.T.E.M., c’est un endroit que je n’ai jamais connu à Nancy, mais c’était bien à filmer. », Virginie Despentes, ici C Nancy, mars 2012

Ce lieu n’existe plus aujourd’hui.

Synopsis : Gloria et Frances se sont rencontrées dans les années 80. Elles se sont aimées comme on s’aime à seize ans : drogue, sexe et rock&roll. Puis la vie les a séparées et elles ont pris des chemins très différents. Vingt ans après, Frances revient chercher Gloria…

Voir la bande-annonce du film

04 sur 07

L’étrange couleur des larmes de ton corps, Cattet et Forzani, 2014

Villa Bergeret, Nancy, Meurthe-et-Moselle L’étrange couleur des larmes de ton corps s’appuie sur une esthétique Art Nouveau, en accord avec les décors et la construction du film. L’appartement n° 7 du film emprunte son décor à la Villa Majorelle de Nancy, première maison résolument construite dans le style Art Nouveau au début du XXe siècle. […]

L’étrange couleur des larmes de ton corps, Cattet et Forzani, 2014


Villa Bergeret, Nancy, Meurthe-et-Moselle

L’étrange couleur des larmes de ton corps s’appuie sur une esthétique Art Nouveau, en accord avec les décors et la construction du film. L’appartement n° 7 du film emprunte son décor à la Villa Majorelle de Nancy, première maison résolument construite dans le style Art Nouveau au début du XXe siècle. La Villa Bergeret, hôtel particulier dessiné dans le style École de Nancy, a été également utilisée comme lieu de tournage.

Ainsi les réalisateurs ont choisi deux lieux emblématiques de l’Art Nouveau à Nancy pour les intégrer aux décors de leur film, montrant ainsi une synergie entre des caractéristiques patrimoniales territoriales et l’esthétique de leur œuvre cinématographique.

L’illustration met en valeur le vitrail de Joseph Janin dans le jardin d’hiver de la Villa Bergeret à Nancy. Cet hôtel particulier a été dessiné dans le style École de Nancy par l’architecte Lucien Weissenburger, et construit entre 1905 et 1905 pour l’imprimeur Albert Bergeret.

Synopsis : Une femme disparaît. Son mari enquête sur les conditions étranges de sa disparition. L’a-t-elle quitté ? Est-elle morte ? Au fur et à mesure qu’il avance dans ses recherches, son appartement devient un gouffre d’où toute sortie paraît exclue…

Lien vers la bande-annonce du film

 

05 sur 07

Les âmes grises, Angelo, 2005

Vision d’automne de Victor Prouvé, Musée de l’École de Nancy, Nancy, Meurthe-et-Moselle Lysia (Marina Hands) loge dans une dépendance de la demeure du procureur Destinat (Jean-Pierre Marielle). Accroché sur le mur du hall d’entrée de celle-ci, juste avant le majestueux escalier, le tableau Vision d’automne du peintre lorrain Victor Prouvé. À plusieurs reprises, le tableau […]

Les âmes grises, Angelo, 2005


Vision d’automne de Victor Prouvé, Musée de l’École de Nancy, Nancy, Meurthe-et-Moselle

Lysia (Marina Hands) loge dans une dépendance de la demeure du procureur Destinat (Jean-Pierre Marielle). Accroché sur le mur du hall d’entrée de celle-ci, juste avant le majestueux escalier, le tableau Vision d’automne du peintre lorrain Victor Prouvé. À plusieurs reprises, le tableau occupe l’image filmique. Cette insertion dénote notamment la puissance et la richesse du procureur. Cette toile dépeint trois femmes craintives dans une brume automnale. Sont-elles réelles ou bien relèvent-elles d’une apparition fantomatique ? On peut s’interroger sur le lien possible entre le symbolisme de ce tableau et l’intrigue du film : ces trois femmes ne font-elles pas écho aux trois figures féminines du film (la femme décédée, la fillette [surnommée Belle de jour] tuée et Lysia).

Victor Prouvé est un graveur, sculpteur et peintre français du mouvement Art Nouveau. Il est l’un des membres les plus influents de l’École de Nancy.

« Les œuvres présentes dans Les Âmes grises, dont j’ai écrit le scénario, avaient orienté Yves Angelo vers ce tableau, qui a été reproduit par la production et qui a donc été filmé. » Philippe Claudel, entretien de Delphine Le Nozach, 2019

Synopsis : Durant l’hiver 1917, le meurtre d’une fillette met en émoi un paisible village situé non loin de la ligne de front. Plusieurs notables sont soupçonnés du crime.

Lien vers la bande-annonce du film

06 sur 07

Il y a longtemps que je t’aime, Claudel, 2008

La Douleur d’Émile Friant, Musée des Beaux-Arts, Nancy, Meurthe-et-Moselle Il y a longtemps que je t’aime se déroule entièrement à Nancy et dans les environs. Juliette (interprétée par Kristin Scott Thomas) se rend en Lorraine au début du film, invitée par sa sœur Léa (Elsa Zylberstein) et ne connaît pas la ville. Dans sa mise […]

Il y a longtemps que je t’aime, Claudel, 2008


La Douleur d’Émile Friant, Musée des Beaux-Arts, Nancy, Meurthe-et-Moselle

Il y a longtemps que je t’aime se déroule entièrement à Nancy et dans les environs. Juliette (interprétée par Kristin Scott Thomas) se rend en Lorraine au début du film, invitée par sa sœur Léa (Elsa Zylberstein) et ne connaît pas la ville. Dans sa mise en scène, Philippe Claudel invite le spectateur à explorer la ville à l’instar du personnage de Juliette. Ainsi, dans une longue séquence, Juliette et Michel (Laurent Grévill) visitent le Musée des Beaux-Arts de Nancy.

Philippe Claudel est un grand admirateur de l’œuvre de Friant. En 2001, il a écrit Au revoir Monsieur Friant, mettant en mots plusieurs toiles et, avec Il y a longtemps que je t’aime, il filme quelques tableaux du peintre lorrain. Parmi ceux-ci, La Douleur (1898). Philippe Claudel consacre plusieurs plans à l’œuvre. Ce plan large permet de rendre compte de la grande taille de la toile. Juliette et Michel sont quasiment à la même échelle que les personnages peints par Friant.

« Dans le Musée des Beaux-Arts, très clairement, il y avait une volonté de ma part de filmer certains tableaux de Friant… alors déjà parce que j’aime ce peintre et en plus, parce que, bien entendu, il y avait un écho… Filmer La Douleur en mettant devant une femme qui a passé des années en prison et qui a eu la douleur de perdre son fils, évidemment, ça crée un écho. » Philippe Claudel, entretien de Delphine Le Nozach, 2019

Territoire (Nancy), patrimoine (Musée des Beaux-Arts), œuvres d’art, l’inscription territoriale dans le film ne se limite pas à un décor. Elle est convoquée pour caractériser le personnage, sa vie d’hier ou d’aujourd’hui, mais également ses états d’âme.

Émile Friant, né à Dieuze en Moselle, peint La Douleur en 1898 ; le tableau représente une mère penchée sur la fosse où repose son enfant. Cette peinture met en scène un enterrement fictif bien que les personnages masculins au deuxième plan de l’image aient les traits des contemporains nancéiens de l’époque : le notaire Gustave Paul, le peintre Louis Guignot, le botaniste Le Monnier, l’ébéniste Camille Gauthier et le maire de la ville Hippolyte Maringer.

Synopsis : Pendant 15 années, Juliette n’a eu aucun lien avec sa famille qui l’avait rejetée. Elle retrouve sa jeune sœur Léa alors que la vie les a violemment séparées. Cette dernière l’accueille chez elle avec son mari Luc, son beau-père et leurs fillettes.

Lien vers la bande-annonce du film

07 sur 07

Il y a longtemps que je t’aime, Claudel, 2008

Jeune Nancéienne sous la neige d’Émile Friant, Musée des Beaux-Arts, Nancy, Meurthe-et-Moselle Il y a longtemps que je t’aime se déroule entièrement à Nancy et dans les environs. Juliette (interprétée par Kristin Scott Thomas) se rend en Lorraine au début du film, invitée par sa sœur Léa (Elsa Zylberstein) et ne connaît pas la ville. […]

Il y a longtemps que je t’aime, Claudel, 2008


Jeune Nancéienne sous la neige d’Émile Friant, Musée des Beaux-Arts, Nancy, Meurthe-et-Moselle

Il y a longtemps que je t’aime se déroule entièrement à Nancy et dans les environs. Juliette (interprétée par Kristin Scott Thomas) se rend en Lorraine au début du film, invitée par sa sœur Léa (Elsa Zylberstein) et ne connaît pas la ville. Dans sa mise en scène, Philippe Claudel invite le spectateur à explorer la ville à l’instar du personnage de Juliette. Ainsi, dans une longue séquence, Juliette et Michel (Laurent Grévill) visitent le Musée des Beaux-Arts de Nancy.

Philippe Claudel est un grand admirateur de l’œuvre de Friant. En 2001, dans son livre Au revoir Monsieur Friant, il met en mots plusieurs toiles et, avec Il y a longtemps que je t’aime, en 2008, il filme quelques tableaux du peintre lorrain. Parmi ceux-ci, Jeune Nancéienne sous la neige, d’Émile Friant (1887). Juliette et Michel sont filmés en plan rapproché de manière à encadrer la toile. Ce cadrage met en valeur l’œuvre tout en créant une intimité dans les regards.

« La première fois où je vis le portrait de la Jeune Nancéienne dans un paysage de neige, et je crois d’ailleurs que ce fut le premier tableau de Friant que je vis, il me parut que le temps me jouait un vilain tour, et je dus m’asseoir. J’avais soudain les jambes en coton. Je tremblais. Je retrouvais cette étreinte au ventre qui cassait ma marche jadis quand j’allais dans l’hiver retrouver, éperdu, celle qui ne m’aimait pas. Car, à n’en pas douter, c’était elle qui en face de moi posait dans le cadre, dans le cadre petit, si petit qu’on pourrait le prendre dans ses bras, qu’on en a envie d’ailleurs, mais qu’on n’ose le faire. Même grimée sous des habits d’un autre siècle, je l’avais reconnue. Oui, c’était bien sa candeur, son détachement étrange, son innocence et par-dessus tout, ce rose aux joues comme celui des premières pivoines que les printemps exténuent dans les jardins poivrés. » Philippe Claudel, Au revoir Monsieur Friant, éditions Stock, Paris, 2017

Synopsis : Pendant 15 années, Juliette n’a eu aucun lien avec sa famille qui l’avait rejetée. Elle retrouve sa jeune sœur Léa alors que la vie les a violemment séparées. Cette dernière l’accueille chez elle avec son mari Luc, son beau-père et leurs fillettes.

Lien vers la bande-annonce du film